Pouvoir être assisté lorsqu’on est viré : deux poids, deux mesures, selon qu'on est en CDD ou CDI par Gérard LAUNE

Publié le par UL Valenciennes

L’expression courante utilisée par un salarié dont l’employeur rompt le contrat de travail pour motif disciplinaire, c’est : « être viré ». Pour tout à chacun, être viré signifie en bon français : être licencié.

On pourrait en toute logique et équité, s’attendre à ce que les salariés, convoqués à un entretien préalable à une sanction, pouvant aller jusqu’à la rupture de leur  contrat de  travail,  jouissent des mêmes droits d’assistance quelque soit le type de contrat de travail CDD ou CDI.

Pour tout salarié en CDI, et dans les entreprises dépourvues  d’institutions représentatives du personnel, le salarié a la faculté de se faire assister par un conseiller du salarié extérieur à l’entreprise lors de l’entretien préalable à un éventuel licenciement (code du travail L. 1232-7). Le bon sens voudrait que cette disposition concerne aussi les salariés en CDD .

Or, et contrairement à toute attente, l’inspection du travail ne prévoie pas l’assistance par un conseiller du salarié pour les CDD même pour les entreprises dépourvues d’instances représentatives du personnel !!!!

 

La vision  de l’inspection du travail

Juridiquement on ne parle de licenciement que pour les CDI, et pas pour la rupture anticipée d’un CDD, même pour faute grave. En conséquence l’employeur doit suivre la procédure disciplinaire  prévue pour les sanctions autres que les licenciements.

La procédure pour les sanctions autres que le licenciement ne prévoie pas la possibilité d’assistance par un conseiller extérieur à l’entreprise

En conséquence la rupture anticipée d’un CDD étant soumise à la procédure disciplinaire, n’est pas concernée par le dispositif conseiller du salarié.

Cass. Soc. 25 octobre 2010, Beaumet c/ Bellot  pourvoi n° 98-43760

 

Revirement prévisible de la jurisprudence

 

L’arrêt de la Cour de Cassation ci-dessus mentionné a été rendu dans le cadre d’une affaire particulière et à une époque relativement reculée.

 

Dans le contexte  actuel, un revirement à venir de la jurisprudence est fort probable car la vision de l’inspection du travail, en introduisant  une rupture de l’égalité de traitement entre salariés selon le type de contrat,  semble être en opposition  aux conventions européennes et internationales du travail, dans leurs dispositions combinées.

 

 

 

Mon conseil aux salariés

 

Un salarié  en CDD d'une entreprise dépourvue d'instances représentatives du personnel, convoqué à un entretien préalable à une sanction pouvant aller jusqu’à la rupture de son  contrat de travail, a tout intérêt à demander à un conseiller du salarié de l’assister. Si l’employeur refuse la présence du conseiller extérieur, le salarié doit demander au conseiller de produire une attestation du refus de l’employeur, utile pour sa défense ultérieure auprès des juridictions compétentes.

 

Bien que par définition les absents ont toujours tort, rappelons aussi que la loi ne fait aucune obligation au salarié d’assister à l’entretien préalable. Parfois la parole est d’argent mais souvent le silence est d’or et ce en particulier lorsque l'on est seul et en détresse, face à un employeur bien décidé à en découdre.

Publié dans Information nationale

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